Danielle Baudot Laksine

un peintre en écriture



Danielle est née à Cannes en 1940. Sa mère était espagnole, son père russe d’origine Khazar.


En turc khazar veut dire errant. Nomades, ils venaient d’Asie centrale. Ils s’établirent au bord de la mer Caspienne qu’on  appelle toujours la mer des Khazars. Avec un sens profond de tolérance et d’accueil, ils choisirent le judaïsme comme une sorte de déclaration de neutralité entre chrétiens et musulmans. Il est bien possible que les Juifs d’Europe orientale, les Ashkénazes, soient des descendants des Khazars dont la civilisation, très raffinée sur le plan technique et politique, a profondément imprégné l’histoire russe.


Originaire de Tiflis, la famille paternelle de Danielle se réfugie à Paris en 1899.  Le peintre et sculpteur David Laksine, élève de Rodin, est l’oncle de Danielle. Il est le plus jeune de ce groupe d’artistes, Pierre Mac Orlan, Dorgelès, Apollinaire, Max Jacob, Utrillo, Modigliani, qui vivaient dans une grande misère et dont la seule raison d’exister était la poésie et la peinture. ‘‘Il partageait avec moi ce qu’il n’avait pas’’ disait de David le peintre Edmond Heuzé. En 1911 David se suicide, il a vingt trois ans. Francis Carco décrit ce romantisme plaintif, cette peinture des rues obscures, dans ce qu’il appelle le Goût du Malheur, l’œuvre poétique qu’il consacre à la vie des minorités.


Enfant, Danielle vit dans sa ville natale où son père Georges Laksine est chirurgien-dentiste et dans la campagne varoise où les Laksine ont une maison. En avance sur son temps, Georges Laksine participe de ce groupe de chercheurs qui s’intéressent aux effets de l’esprit sur le corps, à la médecine psychosomatique dont le champ interdisciplinaire étudie le rapport entre la physiologie et les dimensions psychologiques et sociales.

Malgré le témoignage de solidarité et d’estime d’un grand nombre de personnes dont Lucien et Philippe Monod, Pierre Jean Jouve, Gérard Mantoux, Marcel Dessonnes, Eugène Nathan, Ivan Bounine…, en 1943 le père de Danielle interdit de travail et déchu de sa nationalité française, vit caché pendant deux ans. Les enfants - Danielle l’aînée, Nadia, Irène et Denis - vivent avec leur mère dans la maison du Var. Ils  rentrent tous à Cannes en 1945.


Danielle, diplômée de l’École Nationale des Arts Décoratifs de Nice, poursuit sa formation artistique à l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris. Elle se marie et suit André dans les déplacements de son métier d’ingénieur en Grèce, Birmanie, Nigeria, Libye, Iran, Indonésie, Angola, Afrique du Sud, Hollande, Angleterre, pendant plus de vingt ans. Elle organise des ateliers de peinture, des expositions, illustre des poèmes et raconte la complexité et la richesse de ses voyages dans un livre qu’elle écrit par petits bouts, au fur et à mesure de ses émotions, et qui sera publié en 2010.

Leur fille Annick naît en 1963, leur fils Pascal en 1965. Annick vit et travaille à Silicon Valley avec ses trois enfants et son mari ingénieur, de père iranien et de mère polonaise, une réunion de diversités qui enrichit encore l’extraordinaire déploiement culturel de ses parents. Danielle vivra la période la plus sombre de sa vie  lorsque Pascal, brillant ingénieur en design industriel, peintre et sculpteur, meurt brutalement à 29 ans d’une septicémie.

‘‘J’aime - écrit François Truffaut - les gens qui racontent leur vie.’’


Danielle et André s’installent en 1988 à Châteauneuf de Grasse. Dès 1993 elle publie, aux Éditions de Bergier que dirige André, une série d’ouvrages sur la culture paysanne et l’immigration italienne en Pays de Grasse. Elle recueille des souvenirs de la période de guerre dans la vallée de la Vésubie où ils ont une maison aux environs de Saint Martin, dans un coin de châtaigniers, ces arbres magnifiques qui longtemps ont fait vivre les paysans de cette vallée de montagne:

À la suite du débarquement des alliés en Afrique du Nord, la IVe armée italienne occupe, dès novembre 1942, Nice et l’ensemble des départements du sud des Alpes. Dans une certaine mesure, l’occupation italienne assurait la protection de la population juive - il y en avait plus de trente cinq mille, arrivés de tous les pays d’Europe - le gouvernement italien n’appliquant pas encore les lois raciales du régime hitlérien et du gouvernement de Vichy.

Le 8 septembre 1943, Eisenhower, alors commandant en chef des forces alliées en Europe, annonce la capitulation de l’armée italienne. Cette révélation prématurée de l’armistice - il était convenu qu’Eisenhower devait attendre quatre semaines pour permettre à la IVe armée de se retirer- fut une catastrophe. Elle provoqua en particulier l’échec du plan Donati qui prévoyait l’entrée en Italie du plus grand nombre possible de réfugiés pour qu’ils soient transférés en Afrique du Nord sur des navires en attente dans le port de Gênes. 

À la fin de l’été 1943, mille cinq cents juifs étaient réfugiés dans les villages de la vallée de la Vésubie. Le 8 septembre, ils se cachent ou cherchent à fuir de l’autre côté de la frontière par les cols du Mercantour. Beaucoup sont arrêtés dans les villages, beaucoup sont pris par l’armée allemande en Italie. Quelques-uns ont survécu grâce à des habitants de la vallée et des italiens des villages frontaliers.

Danielle raconte.


Danielle Baudot Laksine a reçu la médaille de la Fédération nationale de la presse italienne. Elle a été élevée en 2008 au grade de Cavaliere dell’Ordine della Stella della Solidarieta Italiana par Giorgio Napolitano, Président de la République italienne.


Danielle est écrivain, peintre, photographe et, dans son choix d’instants, réalisatrice de courts métrages. Ses cadrages décidés, ses découpages réalistes ou plus intimes et fantaisistes, font toujours retour à la Provence où elle est née et où elle vit. Du paysan au poète, Danielle nous fait voyager à la rencontre des gens et des paysages façonnés par l’olivier. Parce que l’olivier est plus qu’un arbre: souvent millénaire il est le témoin de notre histoire, il est la paix, la longévité, l’espérance, la réconciliation, la victoire.

Même quand Danielle décrit la Silicon Valley où elle retrouve Annick et va voir grandir ses petits-enfants, elle s’en réfère avec humour et tendresse à sa terre de vie. Elle écrit dans son livre Tant’Anna :

‘‘Ici semble bien s’être réfugié l’esprit de mes ‘migrants’. On y trouve leur enthousiasme, des cultures qui se mélangent. Mais pourtant, me manque un vieux village niché au creux des collines, un paysan gaulant les olives…

Comme chaque jour depuis mon arrivée  je compose le numéro de mon répondeur, et voilà la Provence qui me chante à l’oreille… Mes personnages sortent des pages, prennent la parole:

- Madame, dans votre livre La Bastide des Espoirs vous parlez de Vittorio le Sorcier qui a eu des mauvais effets sur un jeune. Eh bien ce jeune c’est moi Jean-Baptiste Camerano , on m’appelle Titin …

- Le jeune ensorcelé dont m’a parlé Pierre le Migrant, c’est vous?

- C’était moi parce que, en quatre-vingts années, de bouche à oreille mon histoire s’est un peu enjolivée! À votre retour, venez donc me voir à Plascassier, je vous raconterai!’’

En roulant vers la baie de Monterey, je m’émerveille devant les faux poivriers et leurs légères grappes de baies roses, les eucalyptus fleuris, les cyprès et surtout  les oliviers. La route quitte la vallée et pénètre dans… l’Estérel? Les Maures? Voici des chênes, des pins, des cyprès, des messugues, des ronces et des bruscs. Puis c’est la descente vers  le Pacifique, la baie intacte où  paressent sur les rochers des lions de mer, où les otaries, flottant sur le dos, cassent à grands coups de caillou, des coquillages sur leur ventre.  Attendrie je découvre, nichés autour des pieds géants des séquoias et des pins rouges, des champignons familiers: russules, amanites tue-mouches et enfin, côté levant car les sanguins aiment bien que le soleil les réveille, des safranés… Au retour je ne  résiste pas aux charmes des dernières belles olives, mûres, dodues et épargnées par ‘la mouche’, qui alourdissent les branches des oliviers du parc voisin, afin de laisser à nos Américains, trônant sur une étagère en souvenir de notre passage, ce filtre d’amour: une rangée de bocaux de sanguins de séquoias cuisinés au vin blanc, vinaigre, ail et farigoulette et d’Olives salées de la Silicon Valley ”.


‘‘Je vois avant d’écrire, je suis peintre en écriture.’’ Danielle se définit ainsi, pointant d’emblée l’attention sur sa passion pour la peinture. J’aime me promener avec Danielle, elle est attentive, à moi et aux choses. D’une certaine façon elle me rassure. Comme son écriture elle va et vient, retourne sur elle-même, se situe dans un mélange de faits et de mémoire et  choisit l’ammonite pour se décrire:

‘‘Quand je peins, quand j’écris, je commence quelque chose comme une série, une succession, un ensemble  de mots ou de couleurs. Je suis une sorte d’ammonite qui chemine, une de ces coquilles fossiles qu’on appelait autrefois des cornes d’Ammon. Si je m’arrête, je me sens privée de ce qui m’est dû.’’

En tournant, Danielle crée une forme et grandit. On retrouve ce tournoiement dans le symbole du parc national du Mercantour; il représente une évolution dirigée par des forces supérieures et que les hommes ne contrôlent pas. Il est la marque d’une intervention extraordinaire dans le cours des choses.

‘‘Quand j’avais quinze ans, j’allais travailler chez Alla Razsoudowsky, notre amie russe, peintre et sculpteur. Je me souviens qu’elle me racontait l’histoire de cet empereur de Chine qui un jour demanda au meilleur artiste de sa cour de peindre sur la paroi d’une grotte, un dragon. Un an s’écoule, le peintre travaille toujours. Dix ans plus tard il fait savoir à l’empereur qu’il a terminé. Sur la paroi, il a dessiné un trait. L’empereur, furieux, veut emprisonner le peintre mais s’apercevant qu’il y a plusieurs grottes les parcourt et admire dans la première un magnifique dragon, dans la suivante un magnifique dragon plus épuré et de salle en salle, arrive à la contemplation du trait.

J’en suis moi à mes dragons multiples. Je ne sais pas encore peindre le trait, mais peut-être…

Trouver le moment où le cerveau, les mains, le matériel s’accordent. S’acharner. De là sort une peinture, une page d’écriture, des chansons… Le résultat ne sera pas forcément beau ou même  acceptable, mais il a été fait dans un tel état de bonheur que c’est comme si quelque chose m’était donnée. Puis l’œuvre se détache de moi et c’est fini. Je ne sais pas si cette certitude reviendra un jour mais si je m’arrête avant, c’est une démission. En peinture comme en écriture je sens le travail qui n’apparaît pas et qu’on oublie, les fonds. Et puis jaillit l’essentiel.’’

‘‘L’inspiration - écrit Federico Garcia Lorca - est un état de foi au sein de l’humilité absolue. On revient de l’inspiration comme on revient d’un pays étranger. Le poème est la relation de ce voyage.’’


Danielle a connu Picasso quand elle avait vingt ans. Il accompagnait Jacqueline Gilot que le père de Danielle soignait. Jacqueline était très belle. Picasso l’avait rencontré chez Madoura, le céramiste avec qui il travaillait à Vallauris. Ils s’étaient mariés en mars 1961 et vivaient à Mougins, à côté de Cannes. Picasso venait de peindre La Baie de Cannes et travaillait alors sur les tôles peintes et découpées.

Danielle et sa jeune sœur Irène peignaient dans la pièce à côté et  Picasso allait les voir travailler. 

‘‘Il était très attentif à ce que nous faisions et ce qu’il disait nous rendait d’immenses services. Nous, on ‘abstraitisait’ tout de suite en prenant comme modèle la méthode cubiste. Picasso voulait d’abord qu’on  dessine. Il nous disait de ne pas commencer par la fin. Il nous disait par exemple que si on veut obtenir un blanc qui vibre, on met toutes les couleurs, puis un simple glacis blanc et grâce à tout ce qu’il y a dessous, on aura un vrai blanc. Je me sentais entièrement guidée par son intelligence.’’  

Picasso qui, en 1937, avait dit de Guernica : ‘‘Cette peinture est un instrument de guerre, offensif et défensif contre l’ennemi.’’


Il y a de la résonance entre la démarche en écriture de Danielle et celle de sa sœur Irène.

Irène est peintre et vit à Paris. Elle pousse jusqu’au bout des tableaux pleins de couleurs : ‘‘…puis je mets du blanc, j’arrache et  je fais remonter toutes les couleurs.’’

Irène participe de ce courant appelé Peinture-Peinture, le redoublement signifiant que la peinture prend pour sujet son propre déploiement, que le tableau est un espace qui se suffit à lui-même. Son lyrisme exprime une sensibilité bouleversée que traversent de grands gestes à l’échelle du corps. Elle joue sur les stratifications, elle gratte pour remettre à jour ce qui est enfoui et la dernière opération s’enfonce dans les précédentes. Quelque chose apparaît.

Comme dans l’écriture de Danielle.


On trouve Danielle dans ce qu’elle aime. Elle aime lire ce que les peintres écrivent. Elle aime Federico Garcia Lorca et Simone Weil.  Elle aime l’opéra, le flamenco, les chants russes…

‘‘Je me souviens des soirées où ma mère nous lisait à la bougie, nous n’avions pas l’électricité à la campagne, des poèmes de Federico Garcia Lorca. Elle nous racontait comment ce grand poète, tant inspiré par la paysannerie, parcourait la campagne avec sa compagnie théâtrale pour présenter ses spectacles sur les places des villages.’’

Poète, peintre, pianiste et compositeur aux relations intenses et passionnées, Federico Garcia Lorca était un grand ami de Buñuel et de Dali. Directeur de la fameuse Barraca, le théâtre ambulant de l’Union des étudiants espagnols, il soulève l’enthousiasme en portant dans les provinces rurales le grand répertoire théâtral: ‘‘Nous tirons les textes de Calderon, de Cervantes et de Lope de Rueda du fond des bibliothèques, nous les rendons à la lumière du soleil et au plein air des villages.’’

Garcia Lorca est fusillé en 1936 quand éclate la guerre civile espagnole.  Le régime de Franco décide l’interdiction totale de ses œuvres. Cet écrivain assassiné écrit : ‘‘Mes premières émotions sont liées à la terre et aux travaux des champs…Sans cela, sans mon amour de la terre, je n’aurais pas pu écrire.’’


Et Danielle m’écrit: ‘‘…Tout ce dont m’ont imprégnée mes années d’enfance à la campagne, mon attention aux personnes, aux mœurs et aux croyances, aux bêtes et aux senteurs… tout est dans Olga de Perugia que j’ai écrit dans un des moments les plus durs de ma vie.

Je travaille aussi à la période de l’occupation italienne entre novembre 1942 et septembre’43, cette fois-ci à partir des documents de la Gestapo et du Ministère de l’Intérieur italien. Je découvre ce qui a été occulté ou mis en valeur. Les acteurs des événements n’ont pas été assez écoutés. Les études sont souvent indigentes et les rapports destinés à obtenir, prouver ou manipuler.

Marches à pied, jardin, maison et pour me concentrer, pas mal de solitude. Je t’embrasse, Danielle.’’

‘‘Elle m’intriguait - raconte Simone de Beauvoir qui  croise Simone Weil dans la cour de La Sorbonne - une grande famine venait de dévaster la Chine, et l’on m’avait raconté qu’en apprenant cette nouvelle, elle avait sangloté: ces larmes forcèrent mon respect plus encore que ses dons philosophiques.’’

Philosophe, syndicaliste, enseignante, ouvrière, révolutionnaire, soldat, idéaliste, anarchiste, mystique, juive, catholique, Simone Weil, l’irrégulière, l’insoumise comme la définit Laure Adler, se joint au mouvements ouvrier de 1932, exprime avec force et lucidité les raisons de la montée du nazisme en Allemagne, abandonne son métier d’enseignante et travaille comme ouvrière à la chaîne chez Renault, se joint à la colonne anarchiste Durruti au cours de la guerre civile espagnole pour combattre le coup d’État de Francisco Franco. Elle meurt en 1943, jeune, à Londres. Profondément convaincue que la compréhension de l’autre se vit dans le partage d’une condition commune, l’aventure créatrice de Simone Weil c’est sa vie.


À quoi bon écrire? A quoi bon tant d’efforts quand on voit ce qui se passe dans le monde? Parce qu’il faut travailler, travailler en forme de protestation contre un monde plein d’injustices et de misères.

‘‘Le jour où la faim disparaîtra - écrit Garcia Lorca - il se produira dans le monde l’explosion spirituelle la plus grande que l’Humanité ait jamais connue.’’

Il n’y a rien d’officiel, ni de politique dans les récits de Danielle, mais il y a toute sa passion intellectuelle dans son regard qui se pose sur une particularité, une expression. Curieuse d’humanité, son œuvre est une succession de portraits où elle met en valeur les désirs d’une vie libre, cohérente et respectueuse, généreuse et organique.

L’écriture de Danielle est enracinée dans un paysage bien déterminé, face à la Méditerranée qui connait plus que toute autre partie du monde des mutations, des changements, des rencontres.

Danielle s’intéresse davantage aux gens qui l’habitent plus qu’au paysage lui-même. Elle peut rester un moment à contempler la montagne mais elle court vite parler au paysan ou au berger ou au bûcheron. Après quoi, quand elle écrit, elle se souvient de ces dialogues et l’expression populaire resurgit.

Elle a de grandes archives dans ses souvenirs d’enfance campagnarde, c’est d’avoir entendu parler les gens. Voilà la mémoire poétique et elle s’y rapporte.                                                        


Du lyrisme qui est peut-être l’aspect le plus ancien du discours humain, on trouve des traces dans la prière et le cantique. Plus qu’un souci de réalisme, l’expression de l’émotion et d’une sensibilité bouleversée est la base de l’opéra qu’un groupe de musiciens et d’intellectuels humanistes florentins  inventent, il y a trois cents ans, pour faire revivre l’émotion musicale du théâtre grec antique qui mettait en valeur la signification du texte. Le chant de l’âme est essentiel dans les autobiographies, dans la poésie populaire et dans toute la poésie. Il est l’enfance, la vérité, la douleur.

Le flamenco c’est  la musique des exclus et des déshérités. C’est le paysan errant. Il est né lorsque les troubadours du peuple gitan qui venait de l’Inde lointaine, trouvèrent refuge dans un quartier de Séville. Il est un ensemble de connaissances que les communautés se transmettent de génération en génération et qu’elles recréent constamment en fonction de leur nature et de leur histoire. 

La sincérité des paroles, le claquement des mains et le martèlement des pieds expriment passionnément le chagrin, la joie, la tragédie, l’allégresse et la peur. Il parle d’exil et de la douceur des berceuses des mères juives. Il est le magnifique produit du mélange de la mémoire musulmane, savante et raffinée, de la mémoire juive, tendre et pathétique et de la mémoire gitane, rythmique et populaire.


D’habitude l’écriture est structurée pour donner une linéarité à l’histoire, pour donner de l’unité à des morceaux. Danielle elle, vagabonde avec ses mots. Son écriture va par accrocs, par secousses, par accès, toujours un peu à contre temps poétique par rapport à la réalité. Elle retourne sur les choses comme un insecte en collectionnant des phrases visuelles, avec beaucoup de patience et une curiosité presque épuisante. Le monde se déroule comme si on l’avait égrené. Elle crée des ponts. Plus on est dans son œuvre, plus on est disponible à d’autres approches, d’autres récits, d’autres couleurs.


Danielle présente ses livres en suivant tout au long des saisons les évènements et les fêtes des villages. Elle organise des rencontres autour de ses textes, des photos et des courts métrages qui les accompagnent.

Elle était en octobre au Festival du Livre de Mouans-Sartoux, à  la Fête des Vendanges à Saint-Paul de Vence, à la Fête de l’Automne au Domaine des Courmettes. Elle sera le 27 novembre l’invitée d’honneur avec la présentation de son court métrage Les bons chemins au Salon du Livre qui se déroule du 25 au 27 novembre à Fayence dans le Var. Elle exposera ses photos dans la salle voûtée du château le 25 et 26 février 2012 à la Grande Fête de la Violette de Tourrettes sur Loup, en avril le 9 - le lundi de Pâques - à Le Bar sur Loup à la Fête de l’Oranger et le 15 à la Fête Agricole et Pastorale au Grand Pré de la chapelle Notre Dame du Brusc à Châteauneuf de Grasse. Elle sera du 15 au 17 juin au Festival du Livre dans les Jardins Albert 1er à Nice..


Au fond c’est le naturel qui désoriente. J’aime l’écriture qu’on peut toucher. Il y a une certaine ingénuité qui m’enchante et qui peut déconcerter. Il est une raison qui retient à Danielle ceux qui l’aiment: elle est le lieu d’une réalité mythique ou légendaire et son œuvre nous restitue sa vie même. Comme elle, son écriture est en même temps dans la réalité et dans l’imaginaire ou le désiré. Ce qu’elle raconte est aussi important que le vrai.

Je crois que la  vocation à laquelle Danielle se consacre entièrement n’est pas d’écrire ou même de peindre, mais de vivre.

Marie Eve Gardère

Rome, octobre 2011


Marie Eve Gardère est née en France et vit à Rome. Psychologue, elle a suivi l’enseignement des professeurs Merleau-Ponty et Lacan à l’Université de Paris-Sorbonne. Psychothérapeute et psychodramatiste, elle appartient au groupe de Psychothérapie Institutionnelle de François Tosquellas.

Elle a enseigné à l’Institut de Psychothérapie Analytique de Rome et a été psychologue du lycée français Chateaubriand de Rome. Elle a été responsable des relations extérieures du service culturel de l’Ambassade de France en Italie, de l’Ambassade de France près le Saint Siège et du Palais des Expositions de la Ville de Rome. Elle projette des évènements culturels en collaboration avec les académies étrangères et les institutions publiques et privées.

Elle a publié divers écrits, entre autres Trois rencontres sur l’intelligence artificielle (Politica ed Economia 1986); Psychodrame, jeu et émotions (Noi psicologia 1999); France et Italie, pour un dialogue interculturel (Cultura e Libri 2006). Elle a élaboré la  pédagogie des écoles internationales pour l’enfance de Teresa Genova (Gangemi Editore 2011).                                        

Elle est présidente de la LICRA Italie, Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme.