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La vie d'une paysanne provençale
Aux enfants de l'an 2000 je dédie cette histoire de Tant'Anna.
Afin que ne soient pas oubliés les paysans sculpteurs de nos collines, bâtisseurs de restanques et de jas, morts aux champs de blé, de pois chiches, de lentilles ou d'oliviers en d'épuisantes et journalières batailles contre la faim.
Ceux dont personne n'a chanté les victoires et dont nulle avenue, rue, ni même venelle n'a jamais retenu les noms.
Tant'Anna, la dame qui levait le soleil
Après Pierre le Migrant, où Danielle nous fait partager la vie des paysans émigrés dItalie, cest à la découverte dune Provençale de souche quelle nous convie, femme exceptionnelle qui, née à Châteauneuf-de-Grasse en 1895, consacra ses cent années de vie, son courage, son honneur, son intelligence et sa fierté à accomplir son destin :
lever le soleil... et la faim.
Les années grises
En cent ans, avec les deux guerres, ah, jen ai vu des grises ! Après celle de 14, les gens pleuraient les morts et les estropiés mais chacun se sentait propre, tandis quaprès celle de 39, rien nétait plus pareil. Elle avait divisé les Français. Toute la morale sétait déroutée. Cétait
Cétait comme si de chacun cette guerre désordre avait fait sortir tout le pire, ou tout le meilleur. TantAnna
Chère TantAnna, comme Pierre le Migrant, vous avez ouvert pour moi tous les sentiers de votre mémoire alors, sur vos pas, moi non plus je nen finis pas de marcher, à la découverte de vos années roses, de vos années grises et rencontrant, sur vos pas, des hommes et des femmes qui, avec leur courage, leur savoir et leur cur, écrivirent comme vous lhistoire paysanne de notre Provence.
Les chemins du printemps
Lhistoire de ma région ? Ce nest pas dans des archives froides, des statistiques et des rapports moisis entassés dans des placards de mairie quelle est enfermée. Elle se lit, libre, vivante, vibrante, odorante, colorée, au soleil ou à la pluie, sur des pétales de roses, des épines, des abeilles et de largile amoureuse qui charge les souliers dépaisses semelles. Lhistoire de la région ? Elle est écrite aussi dans le poids de la lourde poche à roses dont la lanière étrangle la taille, sur les mains agiles des cueilleuses, sur leurs reins endoloris, leur tête qui brûle malgré le grand chapeau
Elle est écrite par tous les gestes des TantAnna, des Joséphine, des Rose, Marie, Nini, Lulu, Rina, Suzanne ou Yvette
Elle est écrite sur les visages qui mentourent, sur lanxiété des regards qui guettent les caprices du ciel.